"En attendant Starmania..."
Je crois que j'ai trop entendu Starmania sur disque et que je ne l'ai pas assez vue sur scène. C'est du moins mon sentiment quand j'écoute cette septième version sur disque de l'oeuvre de Michel Berger et Luc Plamondon, depuis sa création en 1977 (en comptant sa version anglaise, Tycoon). Mais peut-être cette impression est-elle due au fait que, des sept versions studio, la Starmania 1994 est à la fois la moins musicale et la plus comédie musicale.

---Dans le sens de, rétorquerez-vous? Dans le sens où, par exemple, la voix du businessman (Michel Pascal) n'est pas le quart aussi impressionnante que celle de Claude Dubois ou Richard Groulx ou même Tom Jones (dans Tycoon), mais peut-être n'est-ce pas aussi important quand on le voit sur scène dans un costume-décor époustouflant? Le timbre de Jasmine Roy me déplaît sur disque, mais peut-être sa performance physique balaiera-t-elle ma résistance auditive, quand la Starmania mise en scène par Lewis Furey accostera enfin au Québec? Les arrangements eux-mêmes me donnent l'impression d'être en deux dimensions, trop synthétiques, trop 1980 et pas assez 1990 -oui, mais peut-être seront-ils parfaits comme ça lorsque que Starmania se fera chair et os, si je puis dire? La réponse, nous l'aurons dans quelques semaines.

---Mais, bien avant cela, grâce à cet album, nous aurons constaté que Luce Dufault, dans le personnage dans la serveuse automate, est parfaite... comme l'ont été Fabienne Thibeault, Maurane, Louise Forestier et toutes les Marie-Jeanne avant elle. À la limite, avouez qu'on s'y attendait: Luce Dufault pourrait reprendre Pourquoi le monde est sans amour de Mireille Mathieu et ça deviendrait génial!

---La découverte de Starmania 1994 reste pour moi Bruno Pelletier. D'abord, parce que ce gars a une voix exceptionnelle et je pèse mes mots, ensuite parce que les arrangements deviennent vraiment rock lorsqu'il chante, enfin parce que sa version de S.O.S. d'un Terrien en détresse donne toute son ampleur à cette belle chanson simple de Plamondon-Berger. Imaginez ce que ce sera sur scène...


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"Comme un grand,
Starmania fait son chemin tout seul"
Dimanche 17 avril 1994, 18h45. Tous les personnages de Starmania reviennent en scène chanter Le monde est stone avec la serveuse automate, la magnifique Luce Dufault. Cristal (Judith Bérard) descend des hauteurs du Théâtre Mogador, tenant un petit carton sur lequel est inscrit un chiffre magique: 200. Pour 200 représentations, la plupart à guichets fermés, de ce musical pas tout à fait comme les autres -opéra rock, préfère l'auteur Luc Plamondon- et dont l'histoire d'amour avec Paris est unique.

---Ce n'est pas rien. Deux cents spectacles à raison de sept représentations par semaine depuis la fin septembre, avec le lundi de congé consacré plus souvent qu'autrement aux télés, à l'enregistrement de l'album sorti en mars, ou aux répétitions pour le gala des Molières ou des Victoires, qui a couronné Starmania spectacle musical de l'année.

---Retour sur scène. Tout le monde salue le public qui ne se peut plus. Plamondon, caché derrière ses inséparables verres teintés, et le metteur en scène Lewis Furey s'amènent avec un énorme gâteau de fête. "Vous venez d'assister à la 200e représentation de Starmania", dit Plamondon pendant que Furey enlève le gâteau au comédien-chanteur Michel Pascal -le businessman Zéro Janvier- qui en distribuait déjà des morceaux aux spectateurs massés devant la scène.

---Que Luce Dufault doive se ménager après avoir flanqué la frousse à tout le monde quelques jours plus tôt quand elle a failli perdre connaissance avant l'entracte; que Patsy Gallant (une Stella Spotlight plus vraie que nature) souffre cet après-midi de tous les maux qui peuvent affliger une chanteuse; que les acrobates, danseurs et spécialistes des arts martiaux qui campent les zonards anarchos baptisés Les Étoiles Noires aient des bleus partout... Bref, que tous aient la langue à terre après un marathon qui leur a laissé tout juste quatre jours collés de répit en huit mois, ça se comprend aisément. Mais ça ne paraît pas vraiment sur scène.

---Et ce n'est pas fini. Après la 211e représentation hier soir, tout ce beau monde s'embarque à destination de Montréal pour la ronde des médias et 14 représentations au Saint-Denis, du 12 au 29 mai, puis sept autres au Grand Théâtre de Québec, du 9 au 18 juin. D'autres supplémentaires sont à prévoir. Et ça repartira de plus belle à l'automne avec trois autres mois au Mogador et une tournée française de quelques centaines de villes.

---Mais, malgré les petites bibites qui collent à toutes les troupes, la plupart de ces gens-là vivent comme dans un rêve. Plamondon qui en a pourtant vu d'autres, est tout de même fier de voir que, devenu adolescent, le bébé qu'il a conçu avec Michel Berger fait son chemin tout seul: on remplace les vedettes par des inconnus, presque tous québécois de surcroît, on modifie radicalement la mise en scène, les arrangements musicaux, les décors et les costumes et les Français en redemandent chaque fois davantage! Plus d'un million d'albums vendus, et presque autant de spectateurs pour les trois versions en France depuis le tout début, Starmania est décidément en santé.

---"Mon auteur préféré..." Plamondon est devenu au fil des ans une vedette à part entière qui doit assumer seul la paternité de l'oeuvre depuis le décès de Berger, le compositeur aux mélodies contagieuses. Il est de ceux que l'on attend à la sortie des artistes du Mogador, longtemps après le show, pour lui demander un autographe et lui dire son admiration.

----Monsieur Plamondon, vous êtes mon auteur préféré, de lui avouer un jeune Français enthousiaste. Je sais que vous préparez un spectacle avec François Cousineau (Kahnawake)...

----Parle plus fort, il y a un journaliste ici!

---Son importance est telle que les FrancoFolies de La Rochelle lui feront la fête sur leur scène principale dans un spectacle mettant en vedette Daniel Bélanger, Robert Charlebois et des interprètes de Starmania, La Légende de Jimmy et Les Romantiques. Pas n'importe quand: le 14 juillet, fête des Français. Qui va tout organiser ça, pensez-vous? Et puis, Kahnawake, son prochain opus, n'est pas encore terminé.

---Alors pour son rêve "de ne rien faire pendant trois mois cet été", Plamondon devra repasser.

---"J'ai juste hâte que Starmania ne m'accapare plus", répète le principal intéressé qui, c'est connu, a beaucoup de difficulté à déléguer. "Mais les remplacements de chanteurs (Bruno Pelletier l'a avisé qu'il ne serait pas de la tournée française l'hiver prochain, d'autres pourraient l'imiter), qui va les faire? Encore moi. Je sais où aller les chercher. Il faut avoir du flair et beaucoup de patience. Avant, Michel Berger en faisait, mais il n'avait pas beaucoup de patience.

---"Je pense qu'à partir de maintenant je vais pouvoir me détacher de Starmania, affirme-t-il pourtant. Schoenberg et Boublil ont suivi les Misérables pas à pas pendant cinq ans puis ils ont écrit Miss Saigon dans lequel ils mettent un autre cinq ans."

---Plamondon, lui, materne son Starmania depuis 15 ans. Il se promène de Paris à Essen (en Allemagne), de Prague et Budapest ("Je leur ai fait changer leur casting complètement") à Londres où il négocie avec les bonzes de la compagnie de disques Sony pour décider du sort de l'album Tycoon, version anglaise de Starmania, signée Tim Rice (Jesus Christ Superstar, Evita, Cats)... qui n'a encore connu du succès qu'en France! Faut-il sortir l'album en Angleterre tout de suite pour accélérer la production du spectacle, comme le voudrait Plamondon, ou attendre le spectacle qui servirait de tremplin au disque, la position de Sony?

---"Tycoon? Je suis tanné de donner des dates, tant qu'on n'a pas le metteur en scène, la salle et le producteur... C'est comme Kahnawake, je peux bien dire qu'il sera présenté en septembre 1995, mais tant que ce n'est pas signé..."

---Monté pour être présenté aux Anglais. Le Starmania actuel a été monté pour être présenté aux Anglais qui ont trouvé trop avant-gardistes la mise en scène de Lewis Furey, ses costumes spectaculaires qui tiennent lieu de décors et ses chorégraphies inspirées des arts martiaux et de l'acrobatie. Un univers familier pour qui connaît le Cirque du Soleil et certains pionniers de la "nouvelle danse". Mais Furey a bien intégré tous ces éléments dans sa vision d'ensemble et son spectacle, oscillant entre le musical qui en met plein la vue et le tour de chant dépouillé, demeure la plupart du temps cohérent.

---De l'avis général, Furey en avait plein les bras avec l'aspect technique de son Starmania (films, chorégraphies, déplacements, costumes-décors) et il a laissé beaucoup de latitude à ses comédiens-chanteurs.

---Luce Dufault: "Lewis voulait voir ses images sur scène. Il disait ce qu'il ressentait, mais ne disait pas quoi faire".

---Bruno Pelletier: "Pour imaginer les personnages, nous sommes partis de nous-mêmes. Lewis nous avait donné deux indications: sexe et violence. J'ai travaillé ça avec Judith et Jasmine (Roy, qui joue Sadia). Puis Lewis nous a corrigés avec le chorégraphe."

---Judith Bérard: "Pour Lewis, l'image est plus forte que le message. Il a le concept, mais comme leader, il ne l'a pas tellement."

---Même Michel Pascal, qui a remplacé Richard Groulx dans la tournée française du Starmania de 1988 et qui n'est pas tout à fait le plus grand fan de Furey, a été séduit par les Étoiles Noires et les costumes, à mi-chemin entre Mad Max et la bande dessinée, de cette nouvelle version.

---"Lewis savait que beaucoup de monde allait dire: `Ah! pas encore Starmania!', résume Pelletier. Son défi, c'était de les faire tomber sur le cul avec un spectacle underground et provocant. Bon, ce n'est peut-être pas underground, mais de toutes façons les tounes ont connu tellement de succès qu'elles font le contrepoids."

---D'ailleurs, Plamondon, qui tient à lui conserver son côté opéra rock et se méfie d'un traitement trop conventionnel, me disait avoir rompu les négociations avec un producteur londonien qu'il jugeait trop conservateur. En même temps, il discute d'une adaptation cinématographique avec un important producteur canadien.

---Alors, Starmania flyé et Tycoon straight? Rien n'est aussi simple. Ainsi, le Tommy de Broadway que Lewis Furey a souverainement détesté, a conquis Tim Rice et Schoenberg. "Schoenberg me dit que c'est exactement ce qu'il faut faire pour Starmania, révèle Plamondon. Mais Rice croit qu'il ne faut pas se dépêcher. Nous autres, on monte un show pour trois semaines, à Paris c'est pour trois ans. Le 1er janvier prochain, ce Starmania aura le record absolu avec presque 500000 entrées. Mais à Londres, on attire 500000 spectateurs par année pendant dix ans."

---Et au Québec? Mais au Québec, comment réagira-t-on? Les chanteurs du Starmania nouvelle cuvée seront-ils systématiquement comparés à Fabienne Thibeault, Diane Dufresne, Nanette ou à Claude Dubois, indissociable chez nous du Blues du Businessman qui, en France, est un standard non identifié à un seul interprète?

---"Le soir de la première à Montréal, on va être sur le charbon! On va avoir hâte pis en même temps avoir peur", avoue Bruno Pelletier.

---"À Paris, on nous avait dit: `inquiétez-vous pas, ils n'applaudissent pas fort', se rappelle Luce Dufault. La première fois, quand les spectateurs se sont levés, on ne comprenait rien. On n'avait pas le trac. La plupart des Québécois doivent avoir un trac en réserve pour Montréal. Mais pour moi, ce ne sera pas le trac fou de La Légende. Au moins, le public connaît les chansons."

---"Au Québec, la salle sera fantastique, mais je ne sais pas s'il va se passer un nouveau phénomène Starmania comme en France ou si on va donner 30 représentations et ça s'arrête là, se demande Plamondon. Mais on a vendu 20000 billets sur la rumeur de Paris. C'est plus qu'à Paris où on n'avait même pas deux semaines de vendues quand on a commencé."

---Patsy Gallant fait le trip de sa vie. Grâce à Starmania, Patsy Gallant fait sûrement le trip de sa vie. Elle a roulé sa bosse, animé sa propre émission from coast to coast, et même vu sa version disco de Mon Pays de Vigneault (From New York to L.A.) se vendre à quelques millions d'exemplaires. Mais là c'est autre chose. Elle s'imprègne de la vie parisienne ("j'ai tellement soif de culture!"), assiste au défilé de Chanel où elle croise Claudia Schiffer, élabore de nouveaux projets -Plamondon lui a promis des chansons... elle aussi-, son fils de huit ans vit une expérience formidable et puis "ici, le monde me trouve jeune".

---Stella Spotlight ne saurait mieux dire. Quand le nouveau Starmania a commencé à Paris l'automne dernier, la critique n'a pas toujours été tendre envers Patsy Gallant, qu'on a évidemment comparée à la première Stella, Diane Dufresne. Avouez que, comme moi, ce choix vous a surpris. Pourtant en ce dimanche 17 avril, même diminuée par une bronchite, elle a chanté les Adieux d'un sex symbol, comme si elle en avait écrit le texte.

---J'en avais des frissons. Dire que Patsy Gallant aurait pu être la toute première Stella Spotlight. "Michel (Berger) et moi, on avait décidé de ne pas faire appel à France Gall et Diane Dufresne, nos interprètes habituelles, parce que justement Starmania allait être en dehors de ce qu'on fait habituellement, raconte Luc Plamondon. J'avais pensé à Patsy. Elle était numéro un en Angleterre avec From New York to L.A. et elle passait chez Drucker. J'ai dit à Michel: regarde-la! Mais il y a 15 ans, Patsy était sur le point de réussir une carrière internationale puis elle a eu son gros show de télé à Toronto toutes les semaines."

---Patsy ne l'a jamais su: "Mes producteurs ne m'ont jamais dit qu'on m'avait approchée pour Starmania, précise-t-elle. Ironiquement, je fais bien mieux Stella Spotlight que je ne l'aurais faite à 26 ans."

---Plamondon a pensé à elle pour cette cinquième version de Starmania -deux en France, deux au Québec, mais la première qui sera présentée des deux côtés de l'Atlantique.

---"On a auditionné beaucoup d'autres artistes importants à Montréal, dit-il. Patsy est arrivée dans la salle de béton de la Place des Arts avec sa robe fourreau strapless noire, ses talons aiguilles et, les bras le long du corps, elle a chanté l'Hymne à l'amour de Piaf. Je lui ai demandé de chanter Les adieux d'un sex symbol de la même façon. Lewis avait des larmes qui coulaient. Elle a eu le rôle à l'instant même... mais on ne le lui a dit que huit jours plus tard".

---Aujourd'hui, c'est à Paris que Patsy s'éclate. Elle se permet même quelques petites fantaisies. Lors de la 100e de Starmania, pendant les Adieux, elle a chanté: "Faudrait que je convole avec Jean Chrétien et Mitterrand" en guise de clin d'oeil aux deux invités d'honneur.

---Dans un corridor du Théâtre du Chatelet où la troupe répétait ce dimanche-là en prévision du Gala des Molières le lendemain, Patsy apostrophe Lewis Furey qui marche devant elle: "Hey Lewis, j'ai dit au journaliste que j'étais ta bête noire! Pis que je voulais faire la mise scène à ta place." Ces deux-là se sont empoignés par le passé, mais aujourd'hui, Furey rigole de bon coeur des taquineries de celle qu'il surnomme "la diva".

---Quelques heures plus tard, dans un restaurant du huitième arrondissement où la troupe a ses habitudes, Patsy continue sur sa lancée. Elle s'assoit au piano et improvise un blues pour convaincre Ziggy (Frank Sherbourne, le seul Français parmi les sept chanteurs-comédiens de Starmania) de venir chanter pour tout le monde. Il se fait un peu prier, puis cède.

---Le métier, ça ne s'achète pas. "C'est un opéra-rock, pas une comédie musicale, il faut donc que les chanteurs soient de très bon calibre, dit Luc Plamondon. Chaque personnage a effectivement au moins une chanson inchantable. Le vedettariat n'est pas forcément important. Les Américains et les Anglais l'ont compris depuis longtemps."

---Voici les chanteurs, comédiens et danseurs qu'il a recrutés cette fois.

---LUCE DUFAULT (Marie-Jeanne, la serveuse automate)

---A accompagné Dan Bigras et Roch Voisine. Plamondon l'a recrutée pour La Légende de Jimmy après l'avoir vu chanter dans un bar de la rue St-Denis. Because Starmania, son premier disque ne sortira qu'à l'automne 1995. Toujours économe de ses gestes, elle est bouleversante d'émotion, dans Monopolis comme dans Le monde est stone, les deux chansons entre lesquelles se déroule Starmania.

---Ce rôle, elle le voulait absolument: "La première chose que j'ai chantée à l'école, c'était Les uns contre les autres."

---Plamondon: "Luce, ce n'est pas juste la voix, c'est un regard, très peu de gens savent regarder le public. Et elle a une peau qui prend la lumière, un visage lumineux."

---BRUNO PELLETIER (Johnny Rockfort, le leader anarchiste des Étoiles Noires)

---Recruté lui aussi pour la production québécoise de La Légende de Jimmy. À 31 ans, il en était à sa première visite à Paris où il s'est installé avec sa femme et son fils de trois ans. Il y retourne à l'automne, mais espère qu'on pourra le libérer le plus tôt possible. Ses priorités: sortir son deuxième album et renouer avec un band de rock.

---Ceinture noire en karaté, il était fait sur mesure pour le jeu physique qu'avait en tête Lewis Furey. Et son interprétation du S.O.S. d'un terrien en détresse vaut à elle seule le prix d'admission.

---"Mon plus gros défi? Vaincre ma peur des hauteurs. Pendant la journée, avant les autres, j'allais sur la structure me promener et faire des descentes."

---JUDITH BÉRARD (Cristal, l'animatrice de télé kidnappée par Rockfort)

---Elle n'a que 23 ans, mais on l'a vue à la télé dans Lance et compte puis Scoop dans la peau de Christine Cartier, la chanteuse amoureuse du personnage de Roy Dupuis. Elle a fait des études en opéra et en claquettes. Ses projets: un film important pour la télé (Alys Robi?) et un album qu'elle veut faire en anglais, à Londres ou mieux, au studio de Peter Gabriel. Elle cite Toutankhamon: "Le bonheur c'est de marcher à la rencontre de ses tendresses".

---Plamondon: "Judith est très étonnante, elle a un talent de comédienne-née. Et elle a un côté Barbarella."

---MICHEL PASCAL (Zéro Janvier, le businessman)

---42 ans. A fait carrière au Québec depuis les années 70 avant de s'expatrier à Paris en 1988 après deux faillites. Il en gardé une amertume qu'il ne cache surtout pas. Coup de chance, on lui propose le rôle de Zéro Janvier dans la tournée française. Par la suite, il est le Jean Valjean des Miz parisiens, rôle qu'il cédera par la suite à Robert Marien.

---Il doit littéralement piloter son immense costume en forme de gratte-ciel dans ses déplacements. Et quand il en sort en costume de petit garçon pour chanter le Blues du businessman, le public rigole.

---JASMINE ROY (Sadia, cerveau des Étoiles Noires et... agent double)

---A beaucoup travaillé dans des musicals, dans les Miz à Montréal, mais surtout à Toronto. Elle n'a pas la plus grande voix de la troupe, mais elle a du chien, quelque chose de rock 'n' roll et elle bouge bien.

---Plamondon: "J'ai beaucoup insisté pour prendre Jasmine parce qu'elle avait l'expérience des comédies musicales: le Rocky Horror Picture Show, les Miz."

---FRANK SHERBOURNE (Ziggy, le disquaire mythomane)

---En début de vingtaine, seul et unique Français parmi les sept vedettes de la troupe, il a grandi dans une famille musicale: son père dirigeait un big band. Il peut pousser sa voix à des hauteurs étonnantes.

---Son personnage m'a semblé un peu rétro: savez le gars qui trippe sur David Bowie et se déguise en un Ziggy Stardust cheapo. "C'était pareil quand Jean Leloup jouait Ziggy en 1986, répond Plamondon. Ça va encore parce que la mode est aux années 70, à Tommy, à Ziggy Stardust".

---LES ÉTOILES NOIRES

---Ils sont huit, acrobates, danseurs ou spécialistes des arts martiaux comme Sirhan Djezzar ("Je ne pensais pas que ça serait aussi intense, comparé aux compétitions.").

---Les risques de blessures sont importants, à cause des sorties de scène rapides, de la fatigue, des contraintes d'espace. Ainsi, un petit changement de hauteur pour l'ascenseur de scène et l'un d'eux s'est ouvert le front au-dessus de l'oeil. Une autre s'est fêlé une côte dans une collision.

---Valérie Garçon, acrobate et comédienne: "Il y a eu beaucoup d'évolution dans ce qu'on fait. Nous avons même pris un peu trop de liberté et on nous a fait revenir. Chaque soir, il y a une petite part d'impro. Heureusement."


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"Lewis Furey dans les rues de Monopolis"
Luc Plamondon était plutôt content que je n'aie jamais vu son Starmania. Cela voulait dire que je ne gaspillerais pas la représentation à comparer les mérites de l'une ou l'autre des versions. Que je ne surimposerais pas les Marie-Jeanne de Fabienne Thibault ou de Louise Forestier à celle de Luce Dufault. Que le Monopolis imaginé par Lewis Furey m'apparaîtrait tel qu'il est: unique. "Tu vas avoir un regard neuf, c'est bien" m'a-t-il glissé en entrant au théâtre Mogador. C'était en janvier, à Paris. La cent-cinquantième des quelque deux cent représentations de la plus triomphale version de Starmania jamais présentée. Plus de quinze ans après que Michel Berger eut plaqué les accords les plus inspirés de sa vie sur les histoires d'un monde vu à travers les lunettes fumées de Plamondon. Une réussite d'autant plus remarquable que la distribution est quasi exclusivement québécoise: Luce Dufault en Marie-Jeanne, Bruno Pelletier en Johnny Rockfort, Patsy Gallant en Stella Spotlight, Judith Bérard en Cristal, etc.

---Au Mogador, j'ai été fasciné. Par la machine, spectaculaire et fabuleuse, astucieux mélange de haute technologie et de mécanique théâtrale, véritable feu roulant d'effets spéciaux et d'images étonnantes. Mais j'ai aussi été touché. Par l'humanité des personnages, leur proximité, leur véracité, malgré l'univers cartoonesque dans lequel ils évoluent. Comment avait donc fait Lewis Furey pour m'en mettre plein la vue tout en m'émouvant? C'était gigantesque, cinématographique, plus grand que nature, et pourtant, c'était à portée d'haleine. Quand Luce chantait La complainte de la serveuse automate, elle était plus proche du public que dans un show de rock. Comme une vraie serveuse dans un vrai bar. Dans ce Monopolis de cauchemar, comment était-ce possible?

---"Parfois, quand on va à un concert rock, le moment le plus fort, c'est lorsque le chanteur s'asseoit tout seul au piano, avec juste une poursuite qui l'éclaire", avoue Furey, rencontré en transit dans sa maison d'Outremont (à cinq minutes à pied de chez Plamondon), une petite heure avant de sauter à nouveau dans l'avion qui le ramènerait à Paris. "Tout à coup, on a des frissons. Je voulais ce frisson-là, mais je voulais aussi créer un théâtre magique, comme celui des grands metteurs en scène québécois, Lepage ou Maheu (Carbone 14). Un spectacle où les gens ne pourraient pas s'endormir. Alors, j'ai approché la mise en scène de Starmania comme la réalisation d'un film ou d'un vidéo. C'est toute l'idée de la boîte noire."

---La boîte noire? J'ai froncé les sourcils, un peu interloqué. Furey a esquissé un sourire. D'une voix très douce, très rassurante, un peu comme un parent qui explique à son enfant d'où viennent les fantômes qui hantent ses nuits, il a entrepris de démonter sa machine. Presque boulon par boulon. "J'avais un cadre, et ce cadre avait l'avantage de ne pas être plat comme à l'écran, mais en trois dimensions. Un cube noir. Il s'agissait de le remplir et de le vider.

---Dans l'espace d'une minute, il peut y avoir toutes sortes de choses qui arrivent, par le haut, par les côtés, extrêmement vite. Les Etoiles Noires (le gang de terroristes) qui tombent du ciel en "bungy cords" (les rubans élastiques utilisés dans les fameux sauts de bungy), des obélisques qui descendent. Mais la scène se vide aussi vite qu'elle se remplit, et laisse toute la place à l'émotion du chanteur. C'est là que les éclairages d'Alain Lortie sont essentiels."

---Lortie, faut-il le rappeler, a travaillé avec Robert Lepage et Peter Gabriel, entre autres. Furey, fervent admirateur du théâtre "imagiste" à la Lepage, a réuni pour Starmania les gens et les idées qui pouvaient nourrir sa vision. "Ses éclairages focalisent l'attention. Il isole les chanteurs. C'est comme ça, je crois, que l'humanité passe. Cela se réduit toujours à un gros plan sur le chanteur. Malgré tout ce qui est donné à voir, Starmania, au fond, quand on lit les textes de Luc, on s'aperçoit que c'est une suite de dialogues intérieurs. J'aurais voulu être un artiste. Je ne suis qu'une chanteuse automate. Au bout du compte, on est toujours tout seul au monde. Ce sont des choses très simples, exprimées d'une façon très claire. Il fallait que toute la lumière se reporte sur le personnage, parce que c'est la charge émotionnelle de sa voix qui compte."

---Dans la mise en scène de Furey, le bar de Marie-Jeanne, la serveuse automate de l'Underground Café, est presque hors-champ. Amovible, il se déplace devant la scène, presque à cheval sur les spectateurs. On a vraiment l'impression que Marie-Jeanne fait partie du public. Et assiste avec nous au drame qui se joue dans les rues de Monopolis. "Nous sommes tous clients à son bar. Autour du demi-cercle de son bar, c'est à nous qu'elle parle. C'est pour a que j'ai demandé à Luc de lui faire chanter Monopolis au début, alors que c'est Cristal qui la chantait dans les autres versions. Il fallait que ce soit elle qui ouvre le café. Elle n'a qu'à traverser la scène, ouvrir son bar, et on est instantanément inclus dans son histoire."

---En réquisitionnant un créateur aussi farouchement polyvalent que Furey, qui mène depuis vingt ans une carrière sans frontières ni limites (ou se côtoient films, vidéos, chansons et spectacles, avec ou sans Carole Laure), Plamondon, Gilbert Coullier (le producteur français qui amène le Starmania parisien au Québec) et France Gall (la veuve de Michel Berger) savaient ce qu'ils faisaient. Le Starmania qu'ils plaçaient entre ses mains serait inédit ou ne serait pas. "La seule chose avec laquelle je n'ai pas pris de liberté, c'est avec les chansons.

---Des mises en scène précédentes, je n'ai rien gardé. Je trouvais qu'elles n'étaient pas cohérentes par rapport à ce ce que disent les chansons. Avec Luc, on a parlé de ce qui l'avait inspiré. Des faits de société qui l'avaient influencé à l'époque. La bande à Baader, qui est à la source des Etoiles Noires. Le kidnapping de Patricia Hearst, qui est l'histoire de Cristal tombant amoureux de son ravisseur. J'ai voulu retrouver les émotions d'origine, pour les illustrer sans filtre."

---D'où cette idée lumineuse des costumes-décors, qui confèrent aux personnages une dimension spectaculaire. Les personnages, littéralement, sont habillés par ce qu'ils sont. Zéro Janvier, le businessman qui règne sur Monopolis, devient un gratte-ciel, fait totalement corps avec Monopolis. Stella Spotlight, la star d'autrefois juchée sur son piédestal de gloire, est enveloppée dans une robe-piédestal surélevée. "J'avais été ébloui par les costumes de Philippe Guillotel aux Jeux Olympiques d'Albertville, j'ai donc fait appel à lui. Dans son costume-décor, Zéro Janvier est Monopolis, mais quand il chante Le blues du businessman, il sort de sa carcasse. Il redevient humain. Et contrairement à d'autres versions de Starmania, j'ai voulu que les costumes ne soient pas futuristes. Guillotel a créé des costumes poétiques. Ce sont des éléments de costumes d'aujourd'hui, mais exagérés, amplifiés. Ce sont des extensions des personnages, qui sont, eux, complètement actuels." Pour Furey, il ne faut pas chercher plus loin l'explication du succès de Starmania. L'opéra-rock de Plamondon et Berger est profondément contemporain. "Starmania, ce n'est jamais le futur. C'est maintenant."


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"Le Starmania parisien n'a pas souffert du voyage"
Luc Plamondon, dans le hall d'entrée du Saint-Denis hier soir, à l'entracte de la première montréalaise du Starmania parisien, créé au Théâtre Mogador en octobre dernier et transporté tel quel au Québec (faute de producteur local), signait des autographes. Il y avait près de lui une toute jeune fille, programme en main, sautillante, visiblement surexcitée à l'idée d'obtenir la griffe de l'homme aux lunette fumées.

---La scène en disait aussi long que la ribambelle d'effets spéciaux, d'acrobaties, de costumes, de vidéos, de pétards et d'éclairages savants qui avait ébloui toute la salle quelques minutes plus tôt, autant que le livret entier et toutes les chansons de l'opéra rock. Plamondon, qui ne chante, ni ne danse, ni ne saute du ciel en corde élastique comme les Étoiles Noires, les zonards qui terrorisent Monopolis, a quand même trouvé le moyen de vivre le rêve de Ziggy, Zéro Janvier, Stella Spotlight et tous les personnages de Starmania réunis: hier soir, Plamondon n'était pas seulement un artiste, il était lui aussi une star. En parfaite adéquation avec son show. Et son triomphe.

---Car cet ènième Starmania, le contraire aurait surpris, a obtenu l'effet escompté. Ce n'était certes pas l'hystérie parisienne - il nous en faut beaucoup plus que là-bas pour devenir gagas d'admiration - mais il était clair que les nouveaux spectateurs, ceux qui découvraient hier la mise en scène de Lewis Furey (presque tous les médias ont été invités à Paris), écarquillaient les yeux devant les trouvailles scéniques de Furey (l'interaction entre les vidéos et les acteurs était particulièrement habile), et s'éprenaient comme les Français de cette nouvelle fournée de personnages. Pas tous, cependant: Frank Sherbourne, le seul non-Québécois de la distribution, offrait un Ziggy un peu forcé, et l'on chuchotait à côté de moi que la Cristal de Judith Bérard manquait de caractère et de justesse. À l'opposé, la Stella Spotlight de Patsy Gallant était, ma foi, bien plus réussie qu'à Mogador. Bouleversante, elle évoquait Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, et on y croyait totalement.

---C'est le génie du casting de ce Starmania: les acteurs ont l'âge et des feuilles de route pas trop éloignées de leurs personnages. Gallant, en star sur le déclin, est criante de vérité. C'est qu'elle se chante un peu elle-même. Michel Pascal, en Zéro Janvier, n'a pas de difficulté à nous convaincre qu'il aurait voulu être un artiste. Sa chance de le devenir vraiment, il ne l'avait pas eu avant Starmania. Et Luce Dufault, fille de clubs, choriste de Dan Bigras, pourrait elle-même servir au bar dans un Underground Café montréalais. Parfaitement crédible et naturelle, avec ce petit quelque chose de frondeur qui lui permet de dévisager l'auditoire sans pudeur, elle nous servait sa Complainte de la serveuse automate avec une sincérité absolue.

---Cela dit, au-delà des personnages et de la mise en scène (qui n'était pas toujours heureuse: un peu grossiers, les pétards et le robot-lecteur de nouvelles...), une fois de plus, ce sont les chansons qui conféraient à ce Starmania sa réelle grandeur. Au plus, les grandes comédies musicales sont bâties autour de deux ou trois grands thèmes: Starmania en a six ou sept, dont on ne se lasse décidément pas. Le monde est stone, Les uns contre les autres, réinvesties par Luce Dufault, étaient des chansons toutes neuves. Au fond, on n'en demande pas plus.


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"Revu, corrigé, et toujours actuel !"
Revoici donc Starmania.

---Si l'on s'en tient à ce qu'on a vu et entendu hier soir au Saint-Denis, on ne peut que faire le constat suivant: l'oeuvre maîtresse du tandem Plamondon-Berger, relue par le brillant Montréalais Lewis Furey, demeure criante d'actualité.

---Voyons voir. Monopolis, capitale imaginaire de l'Occident en cette fin de siècle. Starmania, émission patentée par un pouvoir despotique contrôlant la communication de masse. Zéro Janvier, homme d'affaires rongé par l'ambition et gonflé à bloc par une star déchue, Stella Spotlight. Cristal, animatrice de télévision qui change de camp et périt après avoir été enlevée par Johnny Rockfort et ses Étoiles noires. Marie-Jeanne, serveuse automate, ultime romantique dont la quête amoureuse (Ziggy) est impossible...

---Quelque part, Zéro Janvier est Big Brother, Cristal est Patti Hearst, Johnny Rockfort et ses étoiles noires forment l'Armée symbiotique de libération, et ainsi de suite. À la fois actuelle et futuriste, l'intrigue évoque l'époque disloquée du film Blade Runner, précède le cataclysme où régnera subséquemment une junte de Terminators. Cadre idéal pour le suicide d'un Kurt Cobain, n'est-ce pas?

---Dans ce paysage post-industriel, pas très jojo en fait, on célèbre la corruption, le non-sens de la croissance économique, l'absence de partage avec le monde en voie de développement, la solitude urbaine, le terrorisme primaire dans la jungle de béton, la mort lente de l'âme, le romantisme perçant tout de même l'asphalte.

---L'approche "imagiste" de Lewis Furey, s'inspirant du théâtre et de la danse-théâtre d'avant-garde (Carbone 14, La La La Human Steps, Robert Lepage, Pina Bausch, etc.) est-elle appropriée? Bien que l'on puisse émettre des réserves sur le caractère athlétique, body-building, acrobate et kung fu de l'entreprise, sur l'inégalité relative des protagonistes de l'événement, on ne peut reprocher ces choix de mise en situation.

---Plus de deux heures de plein-la-gueule, de découvertes scéniques, d'accessibilité pop.

---Mais avant tout, cet opéra-rock, le plus important jamais conçu dans l'espace francophone, n'est-il pas la célébration de la voix? Que si. Soulignons d'abord celle de Luce Dufault, incarnant Marie-Jeanne, la Serveuse automate de l'Underground Café. Cette chanteuse fera beaucoup de chemin avec Starmania; sa vibration perce les plexus, secoue les âmes, témoigne d'une générosité peu commune.

---Patsy Gallant, chanteuse d'expérience (pas toujours prise au sérieux par le passé), incarne parfaitement le personnage de Stella Spotlight, un rôle qui lui va comme un gant.

---Bruno Pelletier, le Ian Gillan québécois, se démarque également par la souplesse de ses mouvements et la puissance de ses cordes vocales.

---Si les autres (Jasmine Roy campe Sadia, Judith Bérard devient Cristal, Frank Sherbourne incarne Ziggy, Zéro Janvier est joué par Michel Pascal) donnent tout ce qu'ils ont dans le ventre avec professionnalisme, ils ne font pas toujours dans le grand art...

---À l'entracte, j'ai eu droit à tout un dégradé de perceptions. Nombre d'habitués de Starmania n'hésitaient pas à qualifier cette version de la meilleure d'entre toutes. À l'autre extrême, on allait jusqu'à parler de freak show de karaté... À mon tour, je vous confierai que ma première rencontre avec Starmania a été plutôt positive, malgré les excès d'athlétisme.

---Si l'on se fie, par ailleurs, au tonnerre d'applaudissements qui suivit la version de Stone (superbement interprétée par Luce Dufault, à qui s'est joint toute la troupe pour coiffer l'opéra-rock), on peut sans ambages qualifier de triomphe cette soirée de première.


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"Luce Dufault souffrante, représentation annulée!"
La guigne a frappé Starmania, hier soir: Luce Dufault n'était plus en mesure de chanter en deuxième partie du spectacle et l'acrobate Marc Batistel, qui s'était heurté la tête à un "spot" en toute fin de première partie, était conduit à l'hôpital en ambulance.

---Les producteurs n'ont eu d'autre choix que d'annuler la deuxième partie du spectacle.

---Au moment où tout le monde attendait le début de la deuxième partie du spectacle de Plamondon et Berger, le chanteur-comédien Michel Pascal, le businessman de Starmania, est venu annoncer aux spectateurs déçus qu'un grave problème technique avait provoqué cette décision et qu'ils pourraient être remboursés ou obtenir en échange un billet pour une autre représentation.

---Ledit problème technique était apparent pendant toute la première partie: la chanteuse Luce Dufault, la "voix" de cette version de Starmania, n'était pas en mesure de rendre les chansons comme elle le fait si bien habituellement. Elle se débrouillait tant bien que mal, "trichant" avec la mélodie, mais son embarras était visible, si bien qu'elle s'est trompée dans le texte de La complainte de la serveuse automate, chanson au terme de laquelle elle a poussé un soupir qui ne venait pas de son personnage.

---Tant et si bien que dans la finale de la première partie où elle reprend habituellement Monopolis en compagnie du choeur des comédiens, on ne l'a pas vue et c'est le Français Frank Sherbourne qui l'a remplacée.

---La production actuelle de Starmania et la fréquence des représentations n'est pas de tout repos pour les acteurs et comédiens qui n'ont pas de doublures comme il y en a dans les grands musicals. À Paris, Luce Dufault a failli perdre conscience pendant une représentation et, par la suite, elle a dû profiter de tous les rares moments de répit. On lui a notamment épargné le gala des Molières à la télé.

---Toutefois, le producteur montréalais Jean-Claude Lespérance, de la maison Avanti, se disait convaincu hier soir que le spectacle de ce soir n'aurait pas à être annulé ou remis à plus tard. Le médecin de la chanteuse aurait rassuré les producteurs.

---Quant à l'acrobate Marc Batistel, il a quitté le Saint-Denis avec un bandeau sur le front mais sur ses deux pieds plutôt que sur la civière qu'on avait demandée pour lui. Il devait subir des examens à l'hôpital en soirée.


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"Starmania nous promet encore l'éblouissement !"
C'est ce soir que l'opéra-rock Starmania prend l'affiche à Québec pour neuf représentations, après sept mois de triomphe à Paris. Et le Grand Théâtre de Québec fêtait hier la venue de ce spectacle grandiose par un hommage à son auteur, Luc Plamondon, originaire de Saint-Raymond de Portneuf. ---Les yeux dissimulés derrière ses éternelles lunettes noires, on a pu le voir rougir au moment où l'on louait son talent qui a fait de lui l'un des paroliers francophones les plus populaires de la planète.

---Starmania est présenté pour la troisième fois à Québec. Déjà, près de 30 000 personnes ont vu le spectacle ici. Cette version est cependant la première qui soit présentée des deux côtés de l'Atlantique. " Les décors sont plus luxueux que ce qu'on a vu avant ", explique l'auteur. Les spectateurs devraient donc en avoir plein la vue.

---" Le public de Québec a quelque chose de commun avec celui de Paris, souligne Luc Plamondon : il n'est jamais gagné d'avance. Ce n'est pas parce que ça à marché à Paris et Montréal que les Québécois vont aimer. Mais une fois qu'on les a gagnés, ils sont beaucoup plus chaleureux. "

---Les interprètes de Starmania... Luce Dufault est Marie-Jeanne, la serveuse automate ; connue surtout pour sa participation aux spectacles de Dan Bigras et à La Légende de Jimmy. Mais Starmania, c'est autre chose : " Je ne pouvais pas passer à côté ". Elle endosse un rôle gigantesque, qui a été tenu avant elle par Fabienne Thibault, Maurane et Louise Forestier, et reprend les chansons qu'on a entendues avec les voix de Céline Dion, France Gall et Cindy Lauper. Tout un défi ! " J'y ai pensé seulement à l'audition, mais ensuite j'ai joué le rôle à ma façon, et j'espère que les gens ne passent pas leur temps à comparer. "

---Bruno Pelletier, Johnny Rockfort, chef des Étoiles noires, est originaire de Charlesbourg ; il a fait partie d'un groupe rock pendant dix ans et a déjà un album solo à son actif. Il est le plus nerveux de la troupe à l'idée de jouer à Québec. " J'ai surtout hâte de jouer pour mes proches, de voir ce que mes amis vont dire. "

---Il doit fournir beaucoup d'efforts physiques sur scène, lui qui joue le rôle du leader d'un gang de terroristes acrobates. Sa ceinture noire en karaté lui a servi, mais il a dû acquérir des habiletés en gymnastique, tout cela en gardant assez de souffle pour chanter !

---Judith Bérard, Cristal, l'animatrice de télévision : on l'a vue dans Scoop la saison dernière. Elle a hâte de voir la réaction du public de Québec. " À Paris, les gens semblaient touchés par la poésie, alors qu'à Montréal le public réagissait plus à la performance sur scène. " Nervosité ? " En fait, notre seule peur c'est de ne pas faire vibrer le public. Les chansons sont connues, le spectacle est presque vendu d'avance, mais notre défi c'est d'être crédibles. "

---Jasmine Roy est Sadia, le cerveau des Étoiles noires. On a pu la voir récemment dans Les Misérables. " Starmania est plus rock que ce que je fais d'habitude, mais j'adore ça. " Après le trac de Montréal, où elle jouait devant ses parents et amis, elle a hâte de voir si le public de Québec va réagir aussi bien.

---Frank Sherbourne (Ziggy, le disquaire mythomane) est le seul Français de la troupe mais ne se sent " pas trop perdu. En fait, je suis très Québécois au niveau artistique. " Il a trouvé le public de Montréal froid au début, mais très chaleureux à la fin. " Ils se lèvent très vite pour un ``standing ovation''. ". "

---Patsy Gallant (Stella Spotlight, sex-symbol) est connue depuis plusieurs années au Québec ; elle est passée à la comédie musicale en 1988. Pour la première fois, l'interprète de Stella Spotlight a l'âge de son personnage, ce qui donne une nouvelle dimension à l'interprétation, selon Luc Plamondon. Mais elle semble s'amuser follement avec les " p'tits jeunes " de la troupe.

---Michel Pascal campe Zéro Janvier le businessman politicien et est de retour au Québec après six ans en France. Jouer à Québec, où il a habité quatre ans, ne l'énerve pas du tout. " Après 250 représentations, le spectacle est bien rodé. Mais je suis heureux qu'on termine la tournée ici. " Il jouait le même rôle dans la version précédente de Starmania, mais a dû le réapprendre au complet pour se conformer à la mise en scène de Lewis Furey. " Contrairement à la version précédente, il n'y a pas d'amour dans cette version-ci, mais beaucoup de violence et de corruption. "


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